

Arcadia, Grèce, zoom sur google map jusqu'à
Lousios Gorge, Central Peloponnisos
Lousios Gorge, Central Peloponnisos
L’Arcadie est le décor de scènes champêtres sur fond de paysages bucoliques, celui d’une nature abondante peuplée de jeunes bergers joueurs de flûte implicitement heureux, vivant dans une harmonie primitive avec les bêtes, dieux, demi-dieux, déesses, femmes innocentes et légèrement vêtues… La difficulté de décrire un mythe — autrement que de façon approximative et sans un sentiment de déjà vu — tient à son évidence : le mythe arcadien survit dans les représentations collectives comme un stéréotype, il traîne avec lui une part figée de pittoresque, d’images d’Épinal et de gros titres. Voilà donc le cliché grossièrement répété. Dans les faits, l’Arcadie est une région montagneuse du Péloponnèse grec. Elle est décrite, deux siècles avant J-C, par Polybe dans son livre d’histoire et réapparaît deux siècles plus tard dans la littérature latine chez Ovide et Virgile. Ainsi passe-t-elle en deux cents ans d’une réalité historique — une terre isolée et hostile, habitée par un peuple rustre — à un mythe poétique — une idylle collective où les règnes humain, animal et divin fraternisent sans hiérarchie. Au tournant de l’ère grecque et de l’empire romain, l’Arcadie est donc à la fois une source de rêveries nostalgiques associée à l’Âge d’Or et un espace esthétique à part entière, capable d’exister à nouveau grâce aux charmes de la musique et du chant, dans l’espace même de l’art poétique. Riche de cette double origine — un lieu à la fois terrestre et poétique — elle est réapparue dans l’histoire précisément aux moments d’espoirs de changements politiques et artistiques radicaux.
Lithographie mise en couleur par Tiger Tateishi
68,7 x 49,8 cm
coll. Centre Goerges Pompidou, Paris
En s’éloignant des variations propres aux récits antiques, l’Arcadie s’est fixée en une image pâle. Mais plutôt que d’en exhumer les vestiges, ce colloque doublé d’un festival propose de suivre les détours et filiations de ce mythe, d’en reprendre les stéréotypes comme les expressions les plus singulières pour en saisir les métamorphoses actuelles. Il ne s’agira donc pas tant de démystifier l’Arcadie, ni même de la mythifier, que d’en observer ses possibles résurgences et d’en connaître la langue, voire même de la parler. Après la fin avérée des utopies modernes et les désenchantements provoqués par des contre-cultures vieillissant mal, quelles seraient aujourd’hui les conditions d’existence d’une Arcadie collective ? Seraient-elles celles d’un lieu ou celles d’un moment ? Seraient-elles fixes ou variables ? Peut-on être à la fois dedans et en dehors d’une quelconque Arcadie ? Une œuvre, une fête, une école d’art, un bar peuvent-ils basculer dans des “espaces autres” ? Peut-on s’excentrer en Arcadie sans nostalgie ? Autant de questions dont ces deux jours proposent une expérience.